Le régime réel simplifié en LMNP reste le levier fiscal le plus puissant pour réduire l’imposition des revenus locatifs meublés. Mais depuis la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, la réintégration des amortissements dans le calcul de la plus-value change radicalement l’équation patrimoniale. Nous analysons ici les mécanismes qui subsistent, leurs limites concrètes et les arbitrages à opérer en 2026.
Amortissement LMNP et plus-value : le cycle complet à recalculer
L’article 84 de la loi du 14 février 2025 impose désormais la réintégration des amortissements déduits au régime réel dans le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value immobilière. Pour toute cession réalisée à compter du 15 février 2025, le montant cumulé des amortissements vient minorer le prix d’achat fiscal, ce qui majore mécaniquement la plus-value taxable.
Avant cette réforme, un investisseur LMNP au régime réel bénéficiait d’un double avantage : des revenus BIC faiblement imposés grâce à l’amortissement du bien, puis une plus-value calculée selon le régime des particuliers sans correction des amortissements pratiqués. Ce montage, souvent qualifié de « niche dans la niche », n’existe plus sous cette forme.
Nous recommandons désormais de modéliser systématiquement la fiscalité de sortie avant toute option pour le régime réel. Un bien amorti sur quinze ou vingt ans génère un cumul d’amortissements considérable qui, réintégré, peut absorber une large part des abattements pour durée de détention. Raisonner en « cycle complet » (exploitation + revente) est devenu non négociable.

Régime réel simplifié en location meublée : les charges déductibles qui font la différence
Le régime réel simplifié conserve son intérêt majeur : la déduction de l’ensemble des charges liées à l’exploitation du bien, au-delà du seul amortissement du bâti. C’est la combinaison de ces postes qui permet, dans la plupart des cas, de ramener le résultat BIC à zéro ou en déficit reportable.
Les charges déductibles les plus structurantes :
- Les intérêts d’emprunt et frais annexes (assurance emprunteur, frais de dossier bancaire, indemnités de remboursement anticipé), imputés intégralement sur les recettes locatives de l’exercice.
- L’amortissement du mobilier (sur cinq à dix ans selon les composants) et l’amortissement des travaux d’amélioration, traités par composants avec des durées d’usage distinctes.
- Les frais de comptabilité et d’adhésion à un centre de gestion agréé (CGA), qui ouvrent droit à une réduction d’impôt plafonnée, distincte de la déduction des charges.
- La taxe foncière, les charges de copropriété non récupérables, les primes d’assurance propriétaire non occupant (PNO) et les honoraires de gestion locative déléguée.
Un point technique souvent négligé : le déficit BIC en LMNP n’est imputable que sur les revenus de même nature, c’est-à-dire les BIC non professionnels. Il ne vient pas réduire le revenu global, contrairement au statut LMP. Le déficit est reportable pendant dix ans, ce qui exige un suivi comptable rigoureux d’un exercice à l’autre.
Seuils micro-BIC 2026 et arbitrage de régime fiscal LMNP
Le régime micro-BIC applique un abattement forfaitaire sur les recettes locatives, sans possibilité de déduire les charges réelles ni d’amortir le bien. La loi de finances pour 2025 a modifié les plafonds et les taux d’abattement, avec des effets différenciés selon le type de location meublée.
Location longue durée classique
Le seuil de recettes pour rester au micro-BIC a été revalorisé pour la période 2026-2028. L’abattement forfaitaire reste fixé à 50 % des recettes brutes. Ce régime convient aux propriétaires dont les charges réelles représentent moins de la moitié des loyers perçus, ce qui est rare lorsqu’un emprunt court encore.
Meublés de tourisme non classés
L’abattement pour les meublés de tourisme non classés a été sensiblement réduit par rapport aux années précédentes. Le micro-BIC perd son attractivité pour les locations saisonnières non classées, ce qui pousse mécaniquement ces exploitants vers le régime réel ou vers une démarche de classement.
Nous observons que l’arbitrage entre micro-BIC et régime réel ne peut plus se faire sur la seule base du seuil de recettes. Il faut intégrer le taux marginal d’imposition du foyer, la durée prévisionnelle de détention (compte tenu de la réintégration des amortissements à la revente) et le coût annuel de la tenue comptable, qui oscille entre quelques centaines d’euros pour un bien unique et davantage pour un portefeuille multi-lots.
Obligations déclaratives et comptables en LMNP : ce que le régime réel exige concrètement
Opter pour le régime réel simplifié en LMNP implique des obligations formelles que les articles grand public sous-estiment. Le bailleur doit produire une liasse fiscale (formulaires 2031 et annexes 2033) déposée au service des impôts des entreprises dont dépend le bien. Ce dépôt intervient chaque année au printemps, en amont de la déclaration de revenus personnelle.
La tenue d’une comptabilité d’engagement n’est pas requise au régime simplifié : une comptabilité de trésorerie suffit, avec option pour la centralisation des écritures en fin d’exercice. En revanche, le tableau des amortissements doit être tenu avec précision, composant par composant, car c’est ce document qui justifie les déductions pratiquées et qui servira de base au calcul de la plus-value en cas de cession.
L’immatriculation au greffe du tribunal de commerce (numéro SIRET) reste obligatoire pour tout loueur meublé, même non professionnel. L’inscription entraîne l’assujettissement à la cotisation foncière des entreprises (CFE), dont le montant varie selon la commune d’implantation du bien.
La location meublée non professionnelle conserve un cadre fiscal favorable à l’exploitation courante, à condition d’accepter la rigueur comptable qu’impose le régime réel. La réforme de février 2025 sur la réintégration des amortissements dans la plus-value oblige toutefois à repenser chaque investissement comme un arbitrage global entre fiscalité d’exploitation et fiscalité de sortie. Un accompagnement comptable spécialisé en BIC meublés n’est plus une option confortable, c’est un prérequis pour sécuriser la rentabilité nette sur la durée de détention.