Les charges locatives récupérables sont encadrées par un texte unique : le décret n°87-713 du 26 août 1987. Ce décret fixe une liste limitative de dépenses que le propriétaire peut refacturer au locataire. Toute somme qui ne figure pas dans cette liste reste à la charge du bailleur, sans exception. La régularisation annuelle, moment où les comptes sont soldés entre provisions versées et dépenses réelles, concentre l’essentiel des litiges entre locataires et propriétaires.
Prescription triennale et standard documentaire : ce que la jurisprudence exige du bailleur
Le cadre légal impose une prescription triennale pour les charges locatives d’habitation. Un propriétaire ne peut pas réclamer un arriéré de charges dont l’exigibilité remonte à plus de trois ans. Ce délai court à compter de la date à laquelle la régularisation aurait dû intervenir.
La jurisprudence récente (2023-2026) a durci les exigences documentaires. La troisième chambre civile de la Cour de cassation impose désormais que le bailleur produise, pour chaque exercice, les appels de fonds et un décompte récapitulatif précisant dates et nature des dépenses. En copropriété, les procès-verbaux d’assemblée générale ayant approuvé budgets et comptes doivent aussi être fournis.
Ce standard probatoire a une conséquence directe pour le locataire : un rappel de charges peut être bloqué tant que les justificatifs détaillés ne sont pas transmis. Le bailleur ne peut pas se contenter de « tenir les pièces à disposition ». Il doit apporter de vraies preuves des dépenses engagées.

Régularisation annuelle des charges : délais et obligations du propriétaire
Le propriétaire doit procéder à la régularisation des charges une fois par an. Il envoie au locataire un décompte détaillé au moins un mois avant de réclamer un éventuel complément ou de procéder à un remboursement.
Ce décompte doit mentionner la nature des dépenses, leur montant et leur mode de répartition entre les locataires de l’immeuble. Les pièces justificatives doivent rester consultables pendant six mois après l’envoi du décompte.
Contester une régularisation mal documentée
Si le décompte ne respecte pas ces exigences, le locataire peut contester la régularisation. Plusieurs leviers existent :
- Demander par écrit la transmission des justificatifs (factures fournisseurs, relevés de compteurs, contrats d’entretien). Le silence du bailleur suspend l’obligation de payer le complément réclamé.
- Vérifier que chaque poste de dépense figure bien dans la liste du décret de 1987. Un poste hors liste (travaux de rénovation, prime d’assurance propriétaire, honoraires de syndic non liés à l’entretien courant) est contestable.
- Invoquer la prescription triennale si la régularisation porte sur des exercices anciens jamais régularisés. Le bailleur perd son droit à réclamer au-delà de trois ans.
Charges récupérables : les postes qui génèrent le plus de litiges
La liste du décret couvre trois grandes catégories : dépenses de services liées au logement et à l’usage de l’immeuble, frais d’entretien courant et petites réparations des parties communes, taxes locatives. En pratique, certains postes concentrent les désaccords.
Eau, chauffage collectif et ascenseur
L’eau froide, l’eau chaude et le chauffage collectif représentent souvent la part la plus lourde des charges. Le locataire paie la consommation réelle (relevée au compteur individuel quand il existe) et une quote-part des frais d’entretien des installations communes. Le contrat d’entretien de la chaudière collective est récupérable, pas son remplacement.
Pour l’ascenseur, les dépenses d’électricité, d’entretien courant et de menues réparations (boutons, fusibles, lampes de cabine) sont récupérables. En revanche, le contrôle technique quinquennal de l’ascenseur n’est pas une charge locative.
Entretien des parties communes et espaces verts
L’électricité des parties communes, le nettoyage, les produits d’entretien et les menues réparations (remplacement d’ampoules, réparation de minuteries) sont à la charge du locataire. Les espaces verts incluent l’entretien des pelouses, massifs, taille d’arbustes et remplacement de plantes.
Le salaire d’un gardien ou concierge est récupérable dans une proportion encadrée par le décret, qui varie selon les tâches effectivement assurées (ménage, sortie des poubelles, menus travaux).
Taxes locatives récupérables
Deux taxes principales peuvent figurer sur le décompte : la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) et, le cas échéant, la taxe de balayage. La taxe foncière reste intégralement à la charge du propriétaire et ne peut jamais apparaître dans une régularisation de charges locatives.

Provision sur charges ou forfait : incidence sur vos droits à régularisation
En location vide, le paiement des charges se fait obligatoirement par provisions, avec régularisation annuelle au réel. Le montant des provisions est fixé sur la base du dernier décompte disponible ou du budget prévisionnel de la copropriété.
En location meublée avec bail d’habitation classique, le propriétaire a le choix entre provisions (avec régularisation) et forfait. Si un forfait est prévu au bail, aucune régularisation n’est possible : ni le bailleur ni le locataire ne peuvent réclamer un ajustement, même si les dépenses réelles s’écartent du montant convenu.
Le bail mobilité, lui, impose le forfait. Aucune régularisation n’intervient pendant la durée du bail. Ce point protège le locataire contre les mauvaises surprises en fin de séjour, mais peut aussi jouer en sa défaveur si les charges réelles sont inférieures au forfait versé.
Que faire quand le bailleur ne régularise pas les charges
L’absence de régularisation pendant plusieurs années ne fait pas disparaître la dette du locataire, mais elle limite ce que le bailleur peut réclamer. La prescription triennale s’applique : seules les charges des trois derniers exercices peuvent être réclamées. Un bailleur qui ne régularise pas pendant cinq ans perd donc deux années de charges.
Le locataire confronté à un rattrapage portant sur plusieurs années peut exiger un étalement du paiement. La loi ne fixe pas de durée précise, mais les juges accordent régulièrement des délais de paiement quand le montant réclamé est élevé et que le retard est imputable au bailleur.
Vérifier chaque ligne du décompte annuel reste la meilleure protection. Un poste hors décret, un justificatif manquant ou une régularisation tardive sont autant de motifs légitimes pour contester tout ou partie des sommes réclamées. Le cadre réglementaire protège le locataire, à condition qu’il exerce activement son droit de regard sur les pièces transmises par le propriétaire.